Le 14 février 2004, la Tunisie s'imposait 2-1 face au Maroc et remportait la Coupe d'Afrique des Nations. Un an plus tard, et après des débuts difficiles en éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA 2006, les Tunisiens s'apprêtent à disputer leur première Coupe des Confédérations de la FIFA. Fier et réaliste, Roger Lemerre, sélectionneur des Aigles de Carthage, évoque pour FIFAworldcup.com ses ambitions.
Roger Lemerre, vous venez de fêter le premier anniversaire de votre succès en CAN. Aujourd'hui, avec le recul, quelles ont été les principales forces de votre équipe durant cette compétition ?Je crois que la qualité essentielle de la Tunisie est toujours la même aujourd'hui : c'est son homogénéité. Sur le plan individuel, si nous avons de bons joueurs, nous n'avons pas les meilleurs du monde. En revanche, en ce qui concerne la culture, l'état d'esprit, ils sont irréprochables. La Tunisie est un petit pays, mais très ouvert sur l'Europe et le monde. Mon équipe se nourrit donc de toute cette culture, et c'est ce qui fait sa force. Si elle a remporté la Coupe d'Afrique des Nations l'an dernier, elle le doit aussi en grande partie à son pays. On n'organise pas une grande compétition continentale comme cela, en claquant des doigts. En tout point, cette CAN a été une grande réussite.
Ensuite, il va fallu entamer les éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006. La Tunisie n'a remporté qu'un seul de ses quatre premiers matches. Comment expliquez-vous ces difficultés ?
La qualification n'est pour le moment pas bien engagée, mais nous ne sommes pas non plus éliminés. C'est vrai que nous avons uniquement battu le Botswana à domicile (4-1). Mais pour moi, les matches nuls obtenus au Maroc (1-1) et au Malawi (2-2) sont de bonnes performances. Ensuite, si nous nous sommes inclinés en Guinée (1-2), toute personne qui connaît le football africain pourra vous expliquer ô combien il est difficile de réussir un bon résultat en Afrique noire. Il faut le dire ! Aujourd'hui, on ne peut pas non plus dire qu'un véritable leader se dégage de notre groupe. Certes la Guinée a su rassembler ses meilleurs joueurs évoluant en Europe pour former une excellente sélection. Idem pour le Maroc. Ils sont tous les deux présents aux avants-postes, ce ne sera pas facile de les détrôner. Pour le moment, nous sommes en position d'attente.
Les trois prochaines échéances (Malawi, Botswana, Guinée) seront-elles décisives pour la Tunisie ?
Je crois qu'il ne faut pas se voiler la face et admettre que oui. Deux de ces matches se joueront en Tunisie et si l'on veut revenir dans les talons des premiers, il faut avant tout les remporter. Maintenant, rien n'est jamais acquis en football. Mais si l'on veut revenir en Allemagne pour la Coupe du Monde, il nous faudra gagner ces deux, voire trois, prochaines rencontres.
Vous jouerez la Coupe des Confédérations de la FIFA cette année. Quel est votre sentiment sur cette compétition ?
Je suis très attaché à cette Coupe pour l'avoir disputée et remportée en 2001 avec la France en Corée/Japon. De plus, mon pays, la France, est toujours détenteur de ce trophée. Je profite d'ailleurs de ce moment pour avoir une pensée pour Marc-Vivien Foé qui nous avait quitté lors de l'édition précédente. Il était un grand joueur et un homme formidable.
Pour finir, je dirais que c'est une excellente opportunité donnée à l'Allemagne de se roder en vue de la Coupe du Monde. L'Allemagne a toujours eu de magnifiques stades. Mais cette Coupe du Monde va lui en apporter de nouveaux, ou du moins rénovés. Ce pays deviendra bientôt une référence.
Vous sentez-vous investi d'une responsabilité particulière en représentant le continent africain ?
Bien entendu ! Je suis avant tout un éducateur et c'est donc, à l'intérieur même de l'Afrique, la valeur éducative du football que je représente qui sera jugée. J'ose donc espérer que ma sélection sera un très bon ambassadeur du football tunisien. Dans son comportement, dans son fair-play, dans la capacité de ses supporters à bien se comporter en déplacement. Je me sens donc investis d'une mission : celle de bien représenter l'Afrique.
Dans le Groupe A, vous jouerez contre l'Allemagne, l'Argentine et l'Australie. Comment jugez-vous vos adversaires ?
Nous allons commencé par deux champions du monde : l'Argentine puis trois jours plus tard l'Allemagne. Nous serons donc dans la position du petit poucet lors de ces deux matches. Pour la Tunisie, disputer ce tournoi ne sera pas un rêve, mais une réalité. Nous allons donc venir avec nos armes. Nous ne serons pas surpris car notre culture nous permet de savoir comment jouent nos adversaires. Certes la logique voudrait que l'Argentine et l'Allemagne nous battent, mais sait-on jamais. Pour pouvoir juger un match, il faut l'avoir joué.
On a vu une belle équipe tunisienne U-23 lors des Jeux Olympiques d'Athènes 2004. Que pensez-vous de cette génération ?
Aux JO, il ne faut pas oublier que la Tunisie était de le même groupe que l'Argentine dont l'objectif était clairement de l'emporter. Nous n'avons pas les mêmes moyens qu'un pays comme celui-ci mais nous faisons ce que nous pouvons. J'ai été très satisfait de la performance de cette génération à Athènes. Elle avait les moyens de passer le deuxième tour. Mais c'est toujours une chance de participer à tous ces grands rendez-vous internationaux. Il n'y a que comme cela que vous pouvez progresser.
Pensez-vous intégrer prochainement certains jeunes à votre sélection?
Nous jouerons un match d'éliminatoires quatre jours avant le début de la Coupe des Confédérations. Nous serons dans une certaine continué. C'est donc ma meilleure équipe qui jouera cette Coupe, avec effectivement peut-être quelques jeunes.